Ombre Nuits

Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène.
De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion?

Qui ne s'est jamais retrouvé confronté à de fortes émotions devant un tableau qui soudain captive et convoque des souvenirs enfouis?
C'est ce qui arrive au personnage féminin qui évolue dans notre époque, lorsqu'elle se retrouve
 à vivre, devant le Saint Sébastien soigné par Irène de Georges de La Tour, un de ces moments suspendus que l'on peut vivre au musée, face à la puissance de ce que l'on contemple et ce que cela exhume.
Deux époques se croisent et alors, celle auprès de cette femme qui se retourne avec analyse et lucidité sur l'échec d'une histoire d'amour, et celle auprès de Georges de La Tour, peintre fervent et talentueux, entouré de sa famille et de son passionné apprenti.
De ces récits croisés
 ressortent les mêmes tourments intemporels, la passion tue ou malmenée, l'incompréhension entre les êtres, le silence, la contemplation, et l'art comme révélateur.

C'est toujours avec cette plume trempée dans une douceur poétique et mélancolique que Gaëlle Josse love son lecteur dans un cocon de délicatesse, fait planer les ombres, suspend le temps, convoque l'intime. Elle dépeint ici à merveille la sensualité et les tourments de la création, le chahut des sentiments amoureux, les liens que l'on noue, les prisons que l'on se crée. Et ces ressources insoupçonnées que l'on a en soi.

"Dès l’instant de notre rencontre, j’ai découvert un état nouveau, du moins inconnu dans cette intensité, comme si je prenais conscience pour la première fois de la profondeur et du relief d’un paysage familier, soumis à un éclairage d’une violence nouvelle, dessinant des contours aigus et creusant des ombres insoupçonnées. Un état de tension, éprouvé dans chaque partie du corps, dans le ventre, les épaules, au fond de la gorge, comme un appel incessant et muet. L’attente. S’y joignaient les efforts surhumains pour ne pas la montrer, à la manière dont on isole dans une pièce un animal domestique trop bruyant ou trop turbulent pour un visiteur. Il me fallait la discipliner, la travestir pour ne pas t’effrayer d’un amour trop grand."

L'auteur >> Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse publie son premier roman Les Heures silencieuses en 2011 aux éditions Autrement, suivi de Nos vies désaccordées en 2012 et de Noces de neige en 2013. Également parus en édition de poche, ces trois titres ont remporté plusieurs prix, dont le Prix Alain-Fournier en 2013 pour Nos vies désaccordées. Ils sont étudiés dans de nombreux lycées et collèges, où Gaëlle Josse est régulièrement invitée. Le roman Les Heures silencieuses a été traduit en plusieurs langues et Noces de neige fait l’objet d’un projet d’adaptation au cinéma.
Gaëlle Josse est diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique. Après quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille à Paris et vit en région parisienne. Elle anime, par ailleurs, des rencontres autour de l’écoute d’œuvres musicales et des ateliers d’écriture auprès d’adolescents ou d’adultes. Le Dernier Gardien d’Ellis Island, son quatrième roman, et le premier publié par Notabilia, elle a reçu pour ce titre le prix 2015 de littérature de l’Union européenne.

Ici mon billet sur Le dernier gardien d'Ellis Island, qui vient de sortir en format poche chez J'ai Lu.

Et si, comme moi, vous avez envie, suite à cette lecture, d'aller voir ce Saint Sébastien soigné par Irène en vrai, il faudra vous rendre au musée des beaux arts de la ville de Rouen.