dictature ronces ok

Un petit bout de terre perdu au milieu de la mer, un bouchon dans l'eau qui attend que ça morde. C'est là, sur l'île de Sainte-Pélagie, que s'installe un été le narrateur. Son ami Henri parti en voyage lui a confié la garde de la maison, du chien et du jardin. Une aubaine pour le narrateur qui s'ennuyait ferme. Bien décidé à sauver le potager des ronces et sa vie de l'atonie douce, il prend ses marques, observe le paysage, arpente ce nouveau territoire. Et fait d'étranges rencontres : un enfant inconsolable, un maire iconoclaste, un voisin au lourd secret, deux chasseurs d'étoiles... Petit à petit il se prend d'affection pour cet endroit unique et surprenant. Ce confinement dans un endroit improbable au large de nulle part confère à son expérience îlaise et à ses rencontres l'intensité d'un retour au monde.

Nous rêvons parfois de quitter notre (zone de) confort (ici, un canapé :-)) pour partir sur une île déserte-ou-presque. Un endroit un peu hors du temps, différent, à l'excentricité déconcertante, désarmante, dépaysante, pour y perdre nos repères.
Un coin un peu sauvage, où la nature reprend souvent ses droits, une maison comme un cocon, des habitants loufoques, parfois tristes, parfois fantasques, tous sensibles, moins phagocytés par le quotidien tendu du continent. 
Un endroit presque irréel, où le narrateur va lâcher prise, entre douceur de vivre, lectures et balades avec un chien à 3 pattes... va se laisser surprendre, amuser et émouvoir, faire de drôles de rencontres, se heurter aux éléments de la nature.
Et combattre les ronces qui envahissent le jardin de son ami autant qu'elles avaient allégoriquement envahi et enserré son esprit.

C'est avec beaucoup d'humour et dans un esprit un peu "Burton-nien" fait de poésie et de fantaisie, que Guillaume Siaudeau nous embarque dans ce parcours vers la renaissance d'un homme qui s'était éloigné de ses essentiels.

Une fois La dictature des ronces refermé, on ressent une envie irrépressible d'aller voir la mer de manière à, comme le narrateur: 
"tapisser le fond de ses chaussures de sable" pour, ensuite, pouvoir "tout faire en traversant la plage". En espérant aussi, avant de partir, voir passer un avion traînant derrière lui une (sage) banderole...

"Je me suis souvenu de ma vie. Ma misérable vie loin de l'île. Celle que j'allais retrouver dans quelques temps et qui rendrait cet instant si gracieux. J'ai repensé aux dettes, aux femmes qui ne reviennent pas, à l'histoire d'amour entre mes fesses et le canapé miteux, aux errances dans l'appartement, à l'envie qu'on met plusieurs jours à retrouver parmi tout ce fatras, aux espoirs coincés entre deux sourires, à l'attente, à l'odeur de la ville quand elle s'endort, à l'amour menacé par la haine, aux ombres qui sauvegardent notre peau, à l'absence.
Je me sentais ici au bon endroit au bon moment. Là où les rêves ont encore une chance de se faire une place. Une seule de ces mouettes valait tous les pigeons de la grand-place, tous leurs becs crochus et toutes leurs frites mâchouillées. Un seul centimètre carré d'horizon valait bien tous les immeubles alignés, prêts à se faire fusiller par mille regards sévères. {...}

Parfois, une mouette se posait sur l'avant du bateau. Je m'imaginais que c'était ma mouette apprivoisée. Mon bateau. Ma mer. Mon île. Puis la mouette s'envolait et tout ça m'échappait." 

L'auteur >> Guillaume Siaudeau est né le 16 décembre 1980. Il vit à Clermont-Ferrand et est l'auteur de plusieurs recueils de poésie. Son premier roman, Tartes aux pommes et fin du monde, est paru en 2013. La dictature des ronces est son deuxième roman.
Son blog: http://lameduseetlerenard.blogspot.fr

Alma Editeur : http://www.alma-editeur.fr/index.html