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La fable prétend que le travail est un trésor. Mais pour certains, il est seulement alimentaire. Ils sont nombreux, les employés surqualifiés de ce grand magasin de luxe, à enchaîner les contrats d’une semaine. 
Comme ce démonstrateur de karaoké spécialiste de Baudelaire. Ou cet ancien militaire, embauché comme vigile juste avant Noël pour éviter un attentat au rayon jouets. Caissière depuis peu au niveau - 1 avec un bac + 7, la narratrice ne serait-elle pas en droit d’espérer mieux? Elle refuse de croire que ses perspectives se résument au fascicule Encaisser sans problème qu’on distribue aux débutants. Un inconnu à la cantine lui a bien promis des jours meilleurs, mais elle ne les voit pas venir. 
Et si c’était ça, la vraie vie? Si l’avenir n’avait rien d’autre à lui offrir que cette menue monnaie à ranger méthodiquement dans le tiroir? S’ils avaient tous passé leur tour?

Les longues études "servent-elles" encore à quelque chose? (à part intellectuellement).
Certains bacs++ se retrouvent à la suite de leurs études, ou durant celles-ci, à chercher des petits boulots, dont celui de travailler dans des grands magasins, tenir la caisse, en faisant bonne figure, se laissant mal traiter par les clients ou la direction...
Et ce qui les fait tenir c'est (évidemment) le besoin d'argent mais aussi l'illusion dont ils ont été nourris jusque là, cette certitude 
que ce n'est "que temporaire", qu'ils trouveront bientôt un travail dans leur domaine... Mais il y a des temporaires qui durent...
Et surtout des temporaires qui bloquent, qui fatiguent, rendent amer, ne laissent plus beaucoup d'énergie pour se consacrer aux-dites études et font baisser les bras.

Quand j'y pense, Parle-moi du sous-sol (dont le titre est un clin d'oeil à Beckett) aurait pu s'intituler Parle-moi des sous-bois (clin d'oeil à la couv).
Car dans tout le livre, qui se passe presque essentiellement au sous-sol d'un grand magasin, nous retrouvons de nombreux symboles de la vie sauvage et cruelle, d'une fable emplie d'animaux et de pénombre étouffante, un microcosme mystérieux, où l'on doit vite apprendre, car on s'attaque, se bouffe... Et les personnes extérieures à ce milieu 
(parents/petit ami) sont là à vous tenir en joue.
Sauf qu'ici, peu de liberté de mouvement, les personnages sont bloqués, entravés, plombés... 

Heureusement Clotilde Coquet éclaire cet univers avec une lucidité faite d'humour, de situations cocasses et de personnages hauts en couleur, ok peut être un peu caricaturaux mais dont je ne doute, cela dit, pas de l'existence dans la réalité
Alors, même si le style m'a parfois un peu perdue, j'ai reposé ce livre en le regardant comme un récit/une interrogation jamais inutile sur ce que l'on veut/voulait et ce que l'on a.

"Tu rêves de mieux, mais tu vas te laisser faire longtemps encore?"

L'auteur(e) >> Clotilde Coquet est née en 1977. elle a travaillé en librairie avant de devenir pigiste. Parle-moi du sous-sol est son premier roman (elle a elle-même créé l'illustration de la couverture).

Les éditions Fayard : http://www.fayard.fr

Par ici le billet enthousiaste de cathulu : http://www.cathulu.com/archive/2014/08/22/parle-moi-du-sous-sol-5428155.html