chance que tu as

Ici au moins, il est au chaud.
Ici au moins, il est payé, nourri, blanchi.
Ici au moins, il a du travail.
L’enfermement le fait souffrir certes, mais pense un peu à tous ceux qui souffrent vraiment.
Ceux qui n’ont plus rien.
Alors que toi, tu as une situation et un toit où dormir, ça n’est pas rien tu sais.
Et tu oses te plaindre. 

La chance que tu as est un roman, court, vif, rapide, qui nous fait vivre une descente aux enfers en quelques 150 pages.
Ça commence par l'arrivée du personnage principal sur un lieu de travail étranger (ici un hôtel restaurant de luxe aux conditions de travail soutenues), entrainant une perte de repères, une envie de bien faire face à des personnes qui lui donne sa chance... puis le harcèlement, les petits mots sournois, vous savez ce genre de propos insidieux, ironiques, qui déstabilisent, diminuent, vous font rétrécir, et la fatigue qui empêche de réfléchir...

Ce roman est écrit comme une fable cruelle, poussée à l'excès/extrême, avec des personnages-types, les méchants, les monstres, le gentil, un château, et une morale que je vous laisse découvrir... et pourtant, le côté "abracadabrant" n'empêche pas l'histoire d'être on ne peut plus réaliste, malheureusement, cette indifférence, cette négation de soi, cette façon dont un groupe/une meute peut décider de s'acharner sur un seul et même membre, avec ou sans "bonnes" raisons, juste pour faire partie du groupe. 
Et les doutes, on se plaint peut-être trop? L'isolement ressenti face à cette violence, à ces propos/ces actes, la folie qui guette, la peur de perdre son travail, et de décevoir...

Face à tout cela, qu'adviendra-t-il du personnage principal (dont on ne connaîtra jamais le nom)?

Denis Michelis signe une redoutable métaphore qui donne à réfléchir sur sa propre place, sur ce que l'on accepte par la force des choses, et ce qui doit changer si l'on ne veut pas se retrouver en miettes. 

"Il a envie de pleurer, de tout lâcher.
Allez vous faire foutre, voilà ce qu'il voudrait leur hurler au visage mais il se tait.
C'est une vieille habitude chez lui: surtout ne rien montrer.
Peut-être qu'il a mal agi ou mal interprété, ou peut-être est-il simplement à fleur de peau.
Toutes ces explications sont bonnes à prendre, toutes les excuses bonnes à entendre, elles le contaminent, une autre puis une autre encore.
Tu ne sais pas la chance que tu as, d'autres aimeraient être à ta place. 
A ton âge, travailler ici, ça ne se refuse pas. 
Tout lâcher au premier accrochage, c'est un peu facile non?
Tout se bouscule, se mélange et s'entrechoque, et il n'entend plus la voix de la raison."

L'auteur >> Denis Michelis est journaliste. Il vit à Paris. La chance que tu as est son premier roman.

Les éditions Stock : http://www.editions-stock.fr