compagnie K

Lire Compagnie K a eu un poids encore plus imposant pour moi, je crois, en cette année célébrant le centenaire de la guerre de 14.

Ce titre a rencontré un immense succès à sa parution en 1933 aux Etats-Unis, signé par un ancien combattant américain qui avait ressenti le besoin d'écrire ce roman comme un exhutoire, mais mis 10 ans à le faire... 

Compagnie K est un recueil qui donne la parole à des soldats anonymes, perdus dans la masse des victimes de cette première guerre mondiale dans un pays loin du leur...
Un recueil qui nous fait vivre auprès de ces hommes, de ces voix qui se croisent dans des textes courts, comme des instantanés.

Ce sont des captures de moments, de pensées, probablement en partie vécus par l'auteur, décrivant la traversée jusqu'en Europe, la gravité de cette guerre, le manque prégnant de nourriture, le froid, les maladies, les corps qui ne sont pas faits pour endurer ces atrocités...
Mais au-delà de la dureté de la guerre, on partage aussi le cynisme, l'absurdité de certaines situations/ordres qui pourraient prêter à rire si l'on n'était pas plutôt saisi d'effroi...

On alterne les lieux: tranchées, champs de bataille, hôpitaux, bords apaisants d'un fleuve... et les situations: excitation, espoir, désaccords, chance, lutte pour sa survie... et surtout la fatigue ou les blessures menant à une certaine folie...
Ils font font tous face à de situations auxquelles aucun n'était préparé (et auxquelles personne ne peut l'être...).

Puis arrivent l'annonce de la fin de la guerre, le soulagement... et les mois/années qui suivent. 
Le retour quasi impossible à la maison... Le traumatisme. Les corps et les esprits mutilés. Le décalage avec les années folles...
Tout leur paraît terriblement différent dans des lieux, avec des personnes qui, eux, n'ont pas changé, n'ont rien vu, compatissent sans comprendre ou comprennent sans compatir.

Un livre important, terriblement efficace et nécessaire, que je suis "heureuse" de voir enfin traduit et édité en France.

Je ne suis pas sûre (voire convaincue que non) que je l'aurais lu si, magie de la blogosphère, ce livre n'avait pas commencé à faire parler de lui chez, entre autres: 
Clara et les mots: http://fibromaman.blogspot.fr/2013/11/william-march-compagnie-k.html
Lire et Merveilles: http://www.lireetmerveilles.org/pages/lectures/litterature-americaine/compagnie-k-william-march.html
In Cold Blog:http://www.incoldblog.fr/?post/2013/12/03/william-march-compagnie-k-gallmeister



"Henry n'en revenait pas que j'aie abandonné le piano. J'essayais de le faire changer de sujet, mais il y revenait sans cesse, il me rappelait qu'Olivarria affirmait (il est mort maintenant) que j'avais à moi seul plus de talent que tous ses élèves réunis et qu'il prédisait que je serais le plus grand virtuose de mon époque.
Je riais et j'essayais encore une fois de changer de sujet. J'ai commencé à raconter la réussite de mon entreprise de fabrication de peinture, mais Henry continuait à me harceler de questions, et à m'engueuler d'avoir abandonné la musique, alors j'ai fini par devoir le faire. J'ai sorti les mains de mes poches et je les ai posées sur son genou sans rien dire. Ma main droite est ce qu'elle a toujours été, mais l'autre a été détruite par un éclat d'obus. De ma main gauche, il ne reste qu'un pouce étiré et deux mamelons rabougris de chair sans os. 
Avec Henry, après ça, on a parlé de la fabrication des peintures et de la réussite de mon entreprise, jusqu'au moment où il a été temps pour lui de partir pour son récital."


Les premières pages du roman ici: http://www.gallmeister.fr/images/documents/0688%20Extrait%20PDF%20COMPANY.pdf